Avant même le mythique Type H, Citroën avait déjà révolutionné le monde de l’utilitaire. En 1939, un fourgon audacieux voyait le jour : le Citroën TUB. Pourtant, malgré ses innovations, ce véhicule ingénieux est tombé dans l’oubli. Pourquoi un modèle si en avance sur son temps a-t-il été mis de côté ? Plongeons dans cette histoire fascinante d’un fourgon oublié qui aurait pu changer la donne.
Une idée brillante née de la Traction
Dans les années 1930, Citroën cherchait désespérément à se relancer. La célèbre Traction Avant, lancée en 1934, apportait plusieurs innovations techniques. Mais elle était aussi très coûteuse et a précipité la marque vers la faillite.
Pour rentabiliser la plateforme de la Traction, les ingénieurs de Citroën ont une idée : en faire un utilitaire. Ainsi naît le projet du TUB — pour Traction Utilitaire Basse. Commencé en 1936, le développement aboutit trois ans plus tard, juste avant le début de la Seconde Guerre mondiale.
Une révolution sur roues
Le Citroën TUB regorge d’avancées qui, aujourd’hui encore, sont des standards dans les véhicules utilitaires :
- Plancher abaissé à seulement 42 cm du sol : idéal pour charger facilement des objets lourds.
- Porte latérale coulissante : une première à l’époque, hyper pratique pour accéder au chargement.
- Cabine avancée : offrant un espace maximisé à l’arrière, avec une vraie silhouette de fourgon monovolume.
Le TUB mesure 4,04 m de long et offre un volume de 6 m³ pour une charge utile de 850 kg. Sa hauteur intérieure de 1,75 m permet même de s’y tenir debout. Du jamais vu à l’époque !
La technologie au service des professionnels
Côté mécanique, Citroën reprend des éléments de la Traction 7 :
- Moteur 1,6 L de 35 ch
- Transmission avant
- Suspension à barres de torsion
- Freins hydrauliques sur les quatre roues — un luxe pour un utilitaire de l’époque
Il atteint une vitesse de 70 à 80 km/h. C’est certes modeste, mais adapté aux besoins des artisans de l’époque. Citroën a aussi pensé aux petits détails, comme les trappes d’accès à la batterie et à la roue de secours, bien intégrées sous le plancher.
Un accueil mitigé du public
Malgré toutes ses qualités, le TUB ne rencontre pas le succès escompté. Voici pourquoi :
- Prix élevé : vendu à 36 000 francs, alors qu’une Traction ne coûtait que 24 700 francs.
- Design atypique : jugé trop avant-gardiste, voire « étrange ».
- Comportement routier instable à vide : en raison d’un train arrière rigide à lames.
La guerre n’a fait qu’amplifier les difficultés. La production s’arrête en décembre 1941, après seulement 1 748 exemplaires du TUB et 313 de son dérivé TUC, lancé en 1941 avec un moteur plus puissant.
Des variantes oubliées, mais étonnantes
Malgré sa courte carrière, le TUB donnera naissance à quelques déclinaisons notables :
- TUC : version 11 CV, plus musclée mais tout aussi oubliée.
- TAMH : une adaptation ambulance jamais mise en service.
- CitTUB / Urbel : version électrique fabriquée par Fenwick durant l’Occupation, pour pallier la pénurie d’essence.
Malgré tout cela, l’armée française jugera le véhicule trop peu puissant, même si elle en commande 2 000 exemplaires jamais livrés.
Le vrai héritier : le Type H
L’expérience du TUB n’est pas perdue. En 1947, après la guerre, Citroën capitalise sur ses erreurs et lance le Type H, bien plus fiable, plus logeable, et plus abouti. Le succès est immédiat et durable. C’est ce modèle que beaucoup confondent à tort avec le TUB, à cause de sa silhouette « tubulaire ».
Autre héritier indirect : le Chenard & Walcker CHV, lancé en 1946. Encore plus moderne, il repose sur une structure monocoque et sera rebadgé Peugeot D3, produit jusqu’en 1965.
Un pionnier effacé de la mémoire collective
Le TUB n’a pas connu la gloire, mais il a pavé la route des utilitaires modernes. Plancher bas, porte coulissante, architecture monovolume… autant d’idées reprises plus tard, souvent sans qu’on n’en connaisse l’origine.
Le Citroën TUB est un précurseur discret, sacrifié sur l’autel d’un timing catastrophique et d’un public encore frileux face à l’innovation. Un fourgon génial, tombé trop tôt dans l’oubli, mais qui mérite amplement d’être redécouvert.











Leave a comment